Alors figure-toi que je l’ai vu pas plus tard que vendredi dernier, dans un contexte bien précis : 1/ madame est fan de Bollywood 2/ je viens d’investir dans une TV Philips OLED Ambilight, et clairement, le but était de s’envoyer du pop corn dans les mirettes. Et dans ce contexte-là, c’est par-fait.
Sur le film en lui-même, il faut aimer les délires du cinéma indien, qui ferait passer n’importe quel nanar pour un film d’auteur calme et sérieux : on sent clairement qu’il y a à chaque décision de mise en scène un flowchart de type « cette idée est-elle débile ? » → oui → « cette idée est-elle complètement pétée? » —> « oui » → « non mais sérieux, cette idée est-elle tellement over the top que toute la salle va exploser de rire ? » → « bah oui » —> « bon ok faut la mettre dans le film, alors ».
Il y a des ralentis de partout, ça se bat avec des régiments de tigre, ça danse et ça chante pour un oui ou pour un non, ça se téléporte d’un plan à l’autre… C’est vraiment de l’insouciance fait cinéma, comme si le film avait juste la trouille que le spectateur s’emmerde, alors qu’en réalité il ne lui en laisse jamais le temps ni l’once de la possibilité.
Pour le reste j’ai d’abord cru à un schéma narratif à la Breaking Bad : alors qu’une innocente gamine a été arrachée à ses parents et son village par un gouverneur britannique particulièrement détestable, l’homme à tout faire dudit village décide de partir la délivrer coûte que coûte ; mais un flic indien intraitable, dévoué à la couronne britannique, met tout son honneur à défendre ledit gouverneur. Et pour ne rien arranger les choses, sans rien connaître l’un l’autre de leurs fonctions et objectifs respectifs, ils se lient accidentellement d’amitié, et forcément, il va bien falloir qu’à un moment, ils se rendent compte qu’ils sont ennemis. C’est en tout cas le pitch du film pendant une bonne heure trente, puisque Bollywood oblige, au bout d’un moment, twist, un tout autre film commence, de peur que le spectateur n’en ait pas eu pour son argent.
Sur la forme, c’est impossible de ne pas passer un bon moment ; ou en tout cas impossible de ne pas trouver un degré qui convienne pour savourer le film. Visuellement, c’est d’une générosité hallucinante, même si on n’est pas dans de la photographie d’une grande subtilité, mais les couleurs sont magnifiques, on voyage en permanence, les contrastes entre les quartiers sont saisissants, et à tout moment s’il a peur que ça ne soit pas assez le film passe la vitesse supplémentaire et balance des FX débiles ou des scènes d’action débilo-géniales. Franchement, rien que pour la scène de sauvetage du môme après l’explosion d’un pont (c’est vers le début, je ne spoile rien), il faut le voir.
Sur le fond, @Merou devrait apprécier car ça coche totalement la case « les Anglais sont les méchants », à tel point que je me suis fait parfois la remarque qu’il n’y avait absolument aucune différence entre le traitement de l’empire britannique et de l’Empire dans Star Wars : en gros, George, c’est Palpatine. On en vient au point qui est tout de même le plus… hmmm… exotique ? C’est un film profondément décolonialiste et patriotique, tendance national-révolutionnaire, sous couvert de pop corn.
Résumé
(D’ailleurs les deux protagonistes sont inspirés de personnages réels du mouvement révolutionnaire indien, qui en vrai ne se sont jamais rencontrés - je le mets en spoiler car je ne le savais pas, et je n’aurais pas du tout été surpris par le twist si j’avais eu l’info)
Le réal Rajamouli a pris de nombreuses libertés scénaristiques, et c’est franchement un euphémisme, tant la fin vire dans le, hmmm, autre chose, pour le dire poliment, un autre chose qui se rapproche davantage d’une sorte d’Avengers hindou. Heureusement madame était à côté pour m’expliquer les refs, que je n’avais pas, mais c’est clairement conçu pour faire plaisir à l’égo indien. Je ne vois aucun équivalent français ou américain possible, tant ça mêle drama, histoire, action et mythologie. En tout cas @Kanu si t’as l’occasion vois-le, de toute façon c’est assez peu racontable, et tu ne verras plus jamais les ponts, les motos et les tigres de la même façon après.
En bonus, la scène de la chanson-phare du film, Naacho ! Naacho ! (« danse ! Danse ! ») qui a remporté l’Oscar de la chanson originale de l’année en 2023, et est dans le ton du film en termes d’énergie. Mais c’est une des scènes les plus calmes.