[ré] animation !

Et voilà!
(ps: merci à Tam et Misdre pour le retour de Boulette. Ma productivité avait monté en flèche ces derniers jours, et mes proches commençaient à s’inquiéter…)


Pour les japonisants, voici deux émissions de « youtubeurs » un peu particuliers que je suis depuis quelques mois:

OKADA TOSHIO ZEMI

Porco Rosso, une autobiographie sentimentale de Miyazaki

Okada alias l’« Otaking » autoproclamé, 1er CEO de Gainax, etc.
Il a un séminaire hebdomadaire sur Youtube qui décortique surtout de l’animation, mais aussi des manga, films (SF etc), bouquins, et autres scandales divers qui agitent le petit monde de la pop-culture japonaise.
Il a une approche très « première génération otaku » dans ses analyses, à savoir scanner le plus petit détail des oeuvres pour le faire rentrer dans une lecture globale dans des interprétations parfois bien forcées et subjectives, mais c’est surtout sa connaissance encyclopédique du milieu et des productions japonaises antérieures qui est intéressante : il balance toujours des tonnes d’anecdotes et de références qui rendent ses séminaires très sympa à suivre même s’il ne faut pas se laisser avoir par la prétention « académique » de la chose.


YAMADA Reiji’s Young Sunday

Kimetsu no yaiba: les raisons du succès

Yamada est un auteur de manga né en 1966. Assez mineur, il est surtout connu pour sa série de seinen manga romantique B-Virgin et ses recueils d’entretien en manga « inspirants » avec des personnalités japonaises Zetsubō ni Kiku Kusuri.
Il a lui aussi une émission hebdomadaire (sur Niconico mais les vidéos sont généralement uploadées sur Youtube ensuite), dans laquelle il décortique des manga, films d’animation, dramas et autres productions de la pop-culture japonaise, avec parfois des émissions à la thématique plus sociale.
C’est un peu plus « à l’arrache » que le séminaire d’Okada, mais Yamada a un bagout et un enthousiasme communicatifs, et j’apprécie son esprit toujours bienveillant et ouvert , surtout quand ses compères plus jeunes lui demandent de découvrir des oeuvres qu’il n’a jamais vues pour les décortiquer ensuite avec son regard de « vieux routard » du milieu. Les émissions sur Eva (qu’il mate donc pour la 1ère fois en 2016 pour en parler dans l’émission) étaient particulièrement sympa, avec de grands moments de bravoure sur le style « carrier woman blingbling 80’s » de certains personnages… et des robots:


« les épaulettes, standard de la mode féminine dans les 80s »

La féminité, ce continent inaccessible, ou
épisode 19 : « Quand ta meuf se relève la nuit pour aller bouffer un katsudon »

Entre deux délires, énormément de décryptage de références plus ou moins obscures, et en plus un effort de remise en contexte par rapport à l’évolution de la société japonaise et surtout à celle du manga et de l’animation (avec de petits apartés sur l’évolution des styles de dessin dans les genres dominants, etc.) que j’apprécie énormément. On sent qu’en réalité il lit pas mal pour préparer ses interventions, mais sans assommer les spectateurs et ses jeunes disciples avec ses sources (ce qui fait qu’ils s’extasient parfois devant des observations qu’il a en fait pêchées ailleurs, mais c’est de bonne guerre).

Le cas Akira (Yamada est à gauche)

Que ce soit Okada ou lui, ils fonctionnent sur le même principe: des émissions découpées en 2 parties, la première accessible librement, la 2e sur abonnement. Mais si vous appréciez leur travail, il y a déjà largement de quoi faire avec les parties en accès libre.


Et si vous ne l’avez pas encore vu, je vous recommande chaudement le documentaire cité plus haut dans la vidéo d’Okada, The Kingdom of dreams and madness, qui filme Miyazaki pendant la production du Vent se lève. Assez touchant et à la fois révélateur sur la personnalité du bonhomme, et ponctué de quelques pépites comme le cut ci-dessous qui conclut un énième rant de Miyazaki sur les otakus:

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Ah ça a l’air chouette, surtout la deuxième, je vais essayer de rattraper ça.

Promis, je ne vais pas me contenter de poster ici et dans le nouveau topic BD uniquement pour accompagner les corbillards mais j’en place quand même une pour Ōtsuka Yasuo qui nous a quitté il y a quelques jours. Un des plus grands animateurs japonais depuis la fin des années 70 et surtout une influence considérable sur la précision du mechadesign à la japonaise et l’animation des véhicules. D’ailleurs il collaborait aussi pas mal avec le fabricant Tamiya pour les illustrations de boîtes de maquettes. Toriyama, Anno et Otomo lui doivent beaucoup (et GTi Club, I guess). Quelques exemples de son taf sur la Fiat 500 de Lupin III, souvent en exécution sur des storyboards et key frames de Tomonaga et Miyazaki.

(La deuxième est possiblement géobloquée sans VPN, mais c’est la poursuite de Cagliostro.) Notez qu’un excellent bouquin avait eu le bon goût de rendre hommage à son talent de son vivant, l’année dernière. Je ne me souviens plus si on en avait parlé sur le monde d’avant.

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Y’a un docu sur Anno maintenant que Eva est fini qui a l’air rigolo (parce que Anno est pas du genre à japoniser ses réponses) (et apparemment il en a plein le cul d’Eva).

Ogata ? « Quelqu’un d’incompréhensible ». Hayashibara ? « Un ange (dans le sens Eva) ».
Et mon préféré, « Miyazaki : un alien ». Venant d’Anno, c’est quand même fort.

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Je crois que ce n’est pas Anno qui parle sur Miyazaki (et les autres) mais l’inverse, parce que c’est exactement ce que ce dernier dit d’Anno dans Yume to kyouki no oukoku (avec son pull/chemise/tablier de vieux pasteur).

« 庵野秀明監督の印象めっちゃ笑った »
=« l’impression que me fait Anno », non?

Dommage, c’était un bon moment popcorn sinon!

PS: le docu se trouve en ligne en fouinant un peu.

Ah, tu as raison, en y réfléchissant, je comprendrais mieux Ogata qui dit ça d’Anno que l’inverse vu à quel point elle est no-nonsense en général.
D’un côté ça a l’air intéressant, de l’autre pas assez pour faire l’effort de Twitter correctement donc bon.
Y’a des trucs drôles en tout cas.

Il est vraiment nul le nom de votre émission.

Du coup j’ai vu l’émission. S’il y en a qui ont souffert dans tout ça, c’est bien les réalisateurs de ce docu: Anno et Khara leur lâchent RIEN, c’est 1h15 de vent agrémenté de grandes phrases creuses de la voix off et de violon-piano. J’ai bien aimé le floutage des rayons de livres dans le studio… on ne saura même pas quel sombre philosophe danois a inspiré le chûniboss cette fois-ci.

Il y a probablement quelques trucs intéressants pour les personnes qui s’intéressent aux techniques d’animation par contre: la volonté d’utiliser un max de pré-visualisation sur maquettes (et même de motion capture) plutôt que se reposer sur le e-conte est vraiment intrigante pour une production de cette ampleur. Ca et les réécritures de script jusqu’au bout du bout, mais on s’en doutait un peu depuis Q.
Cela dit, je n’ai toujours pas compris pourquoi Anno a décidé de se fourrer dans cette galère à la base: il n’a pas l’air du genre à vouloir viser le fric facile même si la teneur des deux premiers films du rebuild semblait plutôt aller dans ce sens du fan-service sans trop de risque. Dans le docu, ils parlent de « terminer enfin une oeuvre que les fans ont toujours considérée comme inachevée », mais bon il y avait déjà eu deux fins avant le rebuild, il y a prescription. Ou alors il n’était satisfait de ni l’une ni l’autre et ça l’empêchait de dormir?
D’un autre côté, j’admire sa propension à se mettre lui-même dans la merde pour s’obliger à créer (même si le résultat ne me parle pas vraiment), et il y avait peut-être plus d’enjeu à casser un joujou aussi connu qu’à tourner au caméscope smartphone une autre nouvelle de Ryû Murakami (et il n’aurait peut-être pas rassemblé les mêmes budgets). Mais je trouve qu’il y a quelque chose de triste dans tout ce projet, venant de ce type dont on sent bien qu’il a envie de faire avancer les choses sur le plan esthétique mais qui s’est enfermé volontairement dans une toute petite niche qu’il s’évertuerait à repeindre tous les 4 ans d’une autre couleur toujours plus flashy et improbable.

Dans un autre registre, j’ai vu hier la version longue de Dans un recoin de ce monde. Si on est vraiment amateur de l’oeuvre originale de Kôno Fumiyo, cette version est sans doute plus fidèle, mais comme film, c’est beaucoup moins percutant. Le remontage est moins efficace, et j’ai l’impression que certaines scènes de l’original sont passées à la trappe. On sent que Katabuchi a voulu faire son Takahata et essayer d’être le plus terre à terre et le moins dramatique possible. C’est réussi. J’attends avec curiosité son projet sur Makura no sôshi s’il arrive à le monter.

Concernant la motivation d’Anno, en regard de ce que Fab expliquait il y a quelques mois je pense qu’un gros facteur était de se réapproprier le phénomène et enfin avoir les thunes qui en découlent loin de Gainax.

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Oui perso j’avais compris ça exactement comme Taylor Swift qui n’arrive pas à choper ses propres Masters et bah c’est pas grave elle réenregistre tous ses albums.

Lui, c’est l’enfer, en fait, il poste quasiment une nouvelle vidéo par jour !?

(lukrer de longe date, je profite du grand reset de 2021 pour m’inscrire, c’est moins intimidant une fois le forum reparti de zero, et éventuellement poster des trucs constructifs quand j’ai l’expertise pour)

Pour Evangelion la récupération des droits de la série est un effet collatéral du projet, mais ce n’était sans doute pas un objectif d’Anno quand il s’est lancé dedans. Mais Anno s’est plus que certainement lancé dedans avec sincérité vis à de ses intentions créatives et de son public plutôt qu’une démarche financière bassement cynique.

Anno a commencé à penser au projet fin 2002, à peine 5 ans après The End of, alors qu’il bossait sur le film en prise de vues réelles et Cutie Honey et les OVA qui lui sont attachées. En 2004, une fois ces engagements terminés il réuni l’équipe créatrice de la série TV pour bosser dessus. Ici les compte-rendus de ce qui s’est passé diffèrent, selon Yamaga et Akai, les directeurs de la Gainax à l’époque, Anno a d’abord tenté de proposer la production au studio, qui l’a refusé car de nouveaux projets portés par la nouvelle génération de créatifs étaient sur le point de voir le jour (ça aboutira à Gurren-Lagann), de son coté Anno a clairement dit l’année dernière qu’il n’a jamais envisagé de le produire au sein de la Gainax, mais c’était alors qu’il tentait de prendre ses distances avec le studios et les scandales dans lequel ce dernier était empêtré et je me souviens de déclarations datant de l’époque de la sortie des deux premiers films (et que forcément je n’arrive à retrouver) qui allaient dans le sens de Yamaga.
Des histoires de gros sous viennent vite envenimer la relation entre les deux et Anno décide donc de prendre son indépendance et de partir avec sa garde rapprochée fonder khara dans le but de réaliser Les Nouveaux Films d’Evangelion. Dans un premier temps le studio ne doit être qu’une entité créative qui conçoit le film avant d’en sous-traiter la production de l’animation à un studio externe, mais assez vite la décision est prise de le réaliser en interne et d’en faire un studio d’animation à part entière. khara est formellement formé au printemps 2006.

À l’origine le projet était beaucoup plus modeste, pour conserver le contrôle créatif Anno décide d’écouter les conseils de Suzuki Toshio et de ne les produire que sur fond propre, sans comité de production. C’est d’ailleurs la cause de ces partenariats commerciaux infinis entre Evangelion et les marques les plus improbables possibles, Anno a prêté ses personnages à tout et l’importe quoi, même le PMU, pour lever l’argent nécessaire à la production des films.
Quand le projet est formellement annoncé en 2006 il devait s’agir de trois films. Les trois premiers re-raconteraient les épisodes 1-24 et le dernier, diffusé à la suite du troisième en salle au sein d’un même programme, serait une conclusion inédite. Le calendrier à l’époque voulait qu’ils sortent le premier film fin 2007 et les suivants en 2008. Selon toute vraisemblance à ce moment dans la tête d’Anno les seconds et troisième films seraient réalisés sur le modèle du premier, en recopiant autant que possible la série TV, et seule la fin serait une véritable création originale.
Et quand on relit la note d’intention d’Anno à ce moment, on se retrouve face à un Anno qui semble apaisé et enfin avoir fait la paix avec sa création. Impression renforcée par sa postface au premier volume de l’édition aizôban de Gundam The Origin, écrite un an plus tôt, où il annonce « je ferais de mon mieux pour que mon prochain projet prenne la forme d’un grand récit ».

Anno profite aussi d’avoir sa propre structure pour y rapatrier les droits d’Evangelion que la Gainax avaient pleinement récupérés en 97 et auxquels il ne s’était pas vraiment intéressé depuis. Le studio était très mal géré, il était composé de personnes qui étaient avant tout des fans et des créatifs, pas des gestionnaires, et ses projets pas forcément rentables, mais Evangelion arrivait tant bien que mal à combler les pertes et payer les salaires. C’est la grande époque de l’Evangelploitation de la fin des années 90-début 2000, avec tous ces mangas, pachinko et ces jeux vidéo OSEF qui ont été offerts à des fans trop contents de les acheter malgré leur médiocrité (qui se souvient encore du Smash Bros Eva naze sorti sur PS2 ?). .
Dans un premier temps Anno la laisse en gestion à Gainax, moyennant un pourcentage des recettes, puis rapatrie petit à petit les droits. En 2009 le copyright de la série devient ©khara/Gainax puis en 2010 ©khara. Le manga en porte une belle trace, la mention oeuvre originale passant alors de Gainax à khara en pleine publication.
De sombres histoires d’argents se mêlent à tout ça quand la Gainax devient un mauvais payeur, puis sollicite un prêt auprès d’Anno, mais Fabien a parlé de ce sujet de façon bien plus exhaustive ici et .

Dans les faits Anno a alors signé l’arrêt de mort de la Gainax qui, toujours aussi mal gérée, ne saura profiter du succès de Gurren-Lagann pour rebondir et retournera très vite à enchaîner les séries de commandes sans réel intérêt et sans Evangelion pour éponger les dettes. Le départ de Nishigori pour A-1 Pictures puis de Imaishi, Yoshinari et Amemiya pour fonder Trigger, chacun avec une partie des artistes de la boite, finira par achever le studio.

Retours aux Nouveaux Films, le premier d’entre eux sort en salle en septembre 2007 et comme tout le monde le sait il est majoritairement composé de plan de la série redessiné (sur le storyboard on voit clairement qu’ils ont découpé des cases des boards originaux pour en composer une partie,) avec seule la fin en vraie partie complètement repensée de bout en bout.
Pendant la production Anno a petit à petit repris ses marques et a accepté l’idée qu’il pouvait désormais prendre ses libertés avec le récit tel qu’il était raconté dans la série TV. De plus le succès s’est révélé bien plus important que prévu. Sur le premier film Anno était bridé par l’argent qu’il avait pu lever lui-même pour produire son film, mais désormais il n’a plus personne pour le contrôler, il est le producteur principal du film et l’argent n’est plus un problème en soit. Hors c’est la pire des situations possible pour un artiste comme lui qui s’épanouie surtout lors de la phase créative, quand les idées sont nombreuses et fluides, qu’il peut les multiplier pour voir où elles mènent et expérimenter avec les « et si… » sans conséquences.

La production du second film devient plus ambitieuse et la préproduction s’éternise, l’artbook du film contient des concept arts maboules et des pages de storyboard qui appartiennent à un tout autre film, Anno a du mal à trouver son récit. Il a promis de nouveaux personnages, de nouveaux anges et de nouvelles Evangelions, en partie dans l’espoir que ces nouveaux éléments le forcent à casser le moule de la série, mais sans avoir une idée claire de ce qu’il allait en faire. Il peine à organiser ses idées, multiplie les brouillons en vain, son script est trop long et il n’arrive pas à savoir quoi faire de Mari, le caractère et le rôle du personnage n’étaient pas encore décidés. Il fini par organiser une session de travail à Atami avec Tsurumaki et Masayuki, ainsi que Enokido, le scénariste de FLCL et DieBuster, invité par Tsurumaki. Enokido va se révéler capable de réaliser les arbitrages qu’Anno n’arrivait pas à réaliser jusque là et replace l’écriture du film sur les bons rails qui le mèneront vers la forme qu’on lui connait. Mais dès cette époque, fin 2007, il est déjà évident qu’Anno se heurte à ces difficultés car il s’est lancé dans le projet avec une idée claire de la forme qu’il voulait lui donner, mais qu’il n’avait pas pensé le contenu plus que ça et a du mal à se décider de ce qu’il veut faire avec ces films.
Le second film sort au final mi-2009, soit une bonne année de retard sur le planning original, est autrement plus impressionnant que le précédant, et rencontre un succès inédit pour un film adapté d’une série TV d’animation. Anno a désormais encore plus de moyens pour la suite, mais aussi une pression encore plus grande dues aux attentes du public.

La production du troisième film est un mystère. Contrairement aux deux premiers il n’y a pas eu d’épais artbook compilant documents de production et masse d’interview pour en expliquer la création. Et quand le core staff est interrogé dessus, ils boutent vite en touche comme si ils en avaient honte. Je me souviens en avoir parlé avec Fabien à l’époque et on était d’accord qu’il ne serait pas surprenant d’apprendre que khara ait lancé la prod du film pour l’annuler et repartir à zéro sur le film que l’on connait.
Mais il semble évident qu’Anno a tenté de décharger la pression qui pesait sur ses épaules en choisissant la fuite en avant, en repoussant à plus tard une conclusion qu’il n’arrivait à trouver, en reniant la conclusion de son précédant film qui voyait Shinji s’émanciper bien plus tôt que dans la série TV, en évitant non seulement de répondre aux questions posées par les deux premiers films mais surtout en produisant un film aux antipodes de ce que les spectateurs attendaient.
Et difficile de ne pas voir, rétrospectivement, dans son Shinji incapable de ne pas reproduire ses erreurs passées une prophétie auto-réalisatrice vu qu’Anno est sorti du film brisé et s’enfoncera très vite dans la dépression pour plusieurs années. Fuyant ainsi effectivement la production des Nouveaux Films d’Evangelion et laissant son studio à la dérive sans capitaine. Sacré constat d’échec quand on sait qu’il avait fait de « Je ne dois pas fuir ! » le leitmotiv de la série pour se rappeler qu’il ne devait pas fuir ses responsabilités de réalisateur comme il l’avait fait sur Nadia.

Il sortira de cette dépression en travaillant que les courts-métrages Japan Animator Expo et en prenant ses distances avec Evangelion en acceptant, sur les conseils de ses proches, la proposition de réaliser un Godzilla. Et je ne peux commenter la suite, car comme une majorité des personnes sur ce forum je n’ai pas encore eu la possibilité de voir le dernier film mais là encore ce que l’on peut deviner à travers le renouvellement impressionnant du staff (Sadamoto et Honda ont complètement dégagé, Masayuki n’a plus qu’un rôle mineur, l’équipe créative de Gurren-Lagann a une place prépondérante aux designs et à l’animation…) laisse imaginer une production chaotique et ardue.

Alors, où est-ce que je veux en venir avec ce pavé bien trop long pour un premier poste sur un forum ? Au fait qu’Anno s’est avant tout lancé dans ce projet sans réaliser ce pour quoi il signait. D’un projet court qui aurait dû être bouclé fin 2008, il finira par avoir occupé une partie de sa vie plus longue que celle entre la diffusion de la série TV et la sortie du premier film.
C’est fascinant de voir Anno annoncer le projet en donnant l’image un créateur qui a mûri et enfin vaincu ses vieux démons pour mieux retomber dedans tête la première quelques années plus tard. Comme pour la série TV, la création de ces films est au moins aussi intéressante à suivre que ce qu’ils racontent avec leur créateur trop libre, incapable de contrôler l’ampleur de son projet, de juguler ses pulsions créatives pour devenir productif, succombant à nouveau aux même travers qu’auparavant et luttant jusqu’au bout avec lui-même pour enfin en finir pour de bon. Difficile de croire qu’il n’a fait ça que pour l’argent, si c’était le cas il aurait sûrement abandonné le navire, il est coutumier du fait, et aurait laissé un autre terminer le récit à sa place, empochant les royalties au passage. J’imagine qu’il a cherché à se prouver qu’il pouvait y arriver coûte que coûte, et il l’a fait.
Je suis convaincu qu’il était sincère à l’époque, à 46 ans, quand il parlai de vouloir redynamiser une industrie de l’animation japonaise déclinante, de créer une oeuvre qui parlerait à ce public fantasmé qu’il percevait comme soit-disant s’éloignant de l’anime comme forme d’expression artistique. Il était sans doute déjà en mode OK, boomer et se voyait pourfendant les hordes d’anime moe qui commençaient à prendre le pas sur les récits plus classiques qu’il appréciait. Mais même si son analyse était erronée, après tout l’idée que l’animation japonaise n’a plus d’avenir est une de ses marottes, mais ça n’invalide pas la démarche.
Je fantasme qu’un jour on en fasse un film, il y a tout d’un grand Scorsese dans cette histoire de génie qui n’arrive pas à échapper à lui-même, jusqu’aux conséquences imprévues comme la fin de la Gainax ou la création du plus grand film de Kaijû depuis le premier Godzilla.

J’espère vraiment qu’après ça il va se reposer et revenir pour produire les œuvres qu’il a vraiment envie de créer, et tant pis pour ce que le public en pensera. Mais j’ai peur qu’il finisse comme Georges Lucas après la seconde trilogie, qui lessivé par les critiques qu’il s’est pris et lassé de tout ça fini par ragequit et pris sa retraite après avoir vendu sa création à Disney au lieu de retourner à ses racines réalisateur de films expérimentaux maintenant qu’il en est enfin libéré. J’espère me tromper mais j’imagine qu’il va surtout devenir producteur des futures réalisations de son studio.

Sur ce, et en espérant avoir été utile, je retourne lurker jusqu’à la prochaine occasion où mon intervention pourra être pertinente :642:

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Merci pour ce message.
Je réagis juste là-dessus:

Il me semblait que le projet était une tétralogie depuis le début, non? c’est ce qui ressort du trailer dans ton lien (1/2/3/FINAL, avec rien moins que 2 films prévus en 2008 façon DEATH/REBIRTH>EOE). C’est comme ça que je l’avais compris à l’époque en tout cas. Ca sentait un peu la mégalo dès le début, quand même…
J’avais vu le premier en salle en 2007, et déjà j’avais été frappé par l’état d’esprit du mec qui placarde en A3 dans tous les cinés une « déclaration d’intention » sur fond noir pour dire en gros « l’animation actuelle m’emmerde, je vais vous montrer ce que c’est en refaisant moi-même mon chef d’oeuvre, pour donner de l’espoir aux jeunes dans cette période difficile ». Bon finalement on peut se dire que la « période difficile » ayant un peu duré, il leur aura « donné de l’espoir » pendant 15 ans, c’est sympa!
Je serais assez curieux de connaître la répartition du public actuel de ces films entre nostalgiques de la première heure et spectateurs plus jeunes.

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Tetho a parfaitement résumé le contexte de création des nouveaux films et l’objectif premier d’Anno. Est-ce que c’est toujours sa volonté propre ou est-ce qu’il ressent une responsabilité vis à vis de sa boîte (il faut bien payer les salaires), je pense qu’il a pris de la bouteille et qu’il y a un peu des deux. Sinon, le reportage était sympa mais pas aussi « inspirant » qu’on pouvait l’espérer. J’ai trouvé qu’ils passaient beaucoup de temps sur l’histoire des animatics et de la préviz et au final la production du film en lui même est résumé en 2 minutes max.

D’ailleurs depuis quelques années, il y a une volonté de le mettre en avant Hideaki Anno orchestrée par Toshio Suzuki (retrospective lors du Tokyo International Film Festival par ex.) et je ne serai pas étonné qu’il soit pour quelque chose dans ce reportage de la NHK vu qu’ils ont accès à lui et à Miyazaki (même si c’est pour dire trois phrases vite fait).

De manière plus générale, on sent une volonté assez forte de préservation de l’œuvre d’Anno avec le rapatriement des droits et des matériels de production via ATAC qui a aidé à monter l’expo Nadia qui se tient en ce moment. C’est un problème que n’a jamais eu Ghibli vu que tout est resté « en famille » depuis le début.

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En fait, 3+Final devait être un seul « film » ou une double feature mais rien ne s’est passé comme prévu par rapport au plan initial :vache:

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Je n’ai pas encore vu le documentaire en question mais j’ai vu le dernier film et au final, le projet tout entier me paraît pleinement justifié, d’un point de vue artistique. C’est à la fois une version plus claire et accessible de la série par certains aspects et une expression de l’état d’esprit actuel d’Anno tout aussi personnelle que celle-ci pouvait l’être à l’époque. C’est aussi un film rempli de tendresse pour son public et ses personnages et qui a pleinement conscience des dangers de la nostalgie et de la nécessité de passer à autre chose. On est vraiment à l’opposé d’une démarche de revival cynique comme il en pousse partout ces dernières années.

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C’est pas très charitable pour ton post qui était plein d’éléments intéressants, mais je crois que c’est ce truc totalement improbable qui me marque le plus.
Ah, la PS2, quelle époque admirable.

En tout cas Ikuni s’est amusé en regardant le doc, et c’est ça le plus important (re: les rumeurs plus ou moins vérifiées que Kaoru est basé sur lui)

Bienvenue et excellent premier post :’)

On a une date de sortie ailleurs qu’au Japon pour le dernier film du coup ?

Dans l’ancien monde on aurait pu espérer une sortie ciné limité à travers un réseau événementiel comme CGR Events, c’est la tendance actuelle chez les distributeur de films d’animation en France pour les films de niche. Mais vu la situation actuelle je crois qu’on pourra s’estimer chanceux si on a le droit à une séance unique au Rex avant la sortie du blu-ray au Japon.

Je me pose toujours un peu la question de comment les spectateurs qui sont monté dans le train Evangelion avec Les Nouveaux Films ont « vécu » ces aléas de production. Est-ce qu’ils sont passé à autre chose faute de voire la suite arriver ? Est-ce qu’ils se sont au contraire tourné vers la série TV ou le manga (une autre arlésienne de compétition) pour compenser ? Sans doute un peu de tout selon les profiles. Mais je connais quelqu’un qui avait dit en 2007 qu’il attendrait que tous les films soient disponibles pour les enchaîner et, à ma connaissance, s’y tient encore. Il n’a sans doute pas grand chose à faire d’Evangelion mais en tant que fan j’admire sa détermination.

Mais je crois que l’un des aspects les plus fascinant de ce projet est qu’en voyant sa création s’étaler sur tant de temps est que chaque film est un objet cinématographique à part entière par lui-même. Si de loin et sans lunettes on peut voir un ensemble cohérent façon Lord of the Ring, en s’attardant un peu on réalise chaque film a une identité très distinct en terme de design, de plastique, de mise en scène et de photographie. De la même façon la démarche d’Anno connait un glissement progressif à chaque film. Ça en fait une œuvre vivante comme on en voit peu en animation japonaise, où généralement les productions sont bien planifiées en amont et qu’on ne se lance qu’une fois que tout est prêt, et rapproche ces films des séries US où les aléas de la vie ont bien plus souvent des répercutions sur la production à travers le temps.

La mise en avant d’Anno par les médias n’est pas un phénomène récente en soit, à la fin des années 90 il y avait déjà bénéficié d’un moment d’intérêt. On peu citer son apparition absolument pas scriptée dans le reportage sur Miyazaki après la sortie de Mononoke Hime, sa participation à l’émission Kagai Jûgyô yôkoso Sempai, où il retournait dans l’école primaire de son enfance pour donner une journée de cours à une classe et répondre de façon incroyablement candide à leurs questions (« Aimez-vous vos propres animes ? » « J’en aime une partie et j’en déteste une autre. » « Quelle partie détestez-vous ? » « Celle où je me reconnais. ») avant de rendre visite à ses parents, visiblement dépassés, avec les gamins. Si vous ne l’avez jamais vu, ça mérite 45 minutes de votre temps. Il y avait eu aussi ces publicité pour des voitures familiales assez surprenantes quand on sait qu’Anno n’est pas vraiment intéressé par ces dernières et qu’on peut se demander à qui les constructeurs veulent parler en faisant appel à lui et son image.

Et si Suzuki a clairement joué un rôle dans sa réémergence en 2014, un an après sa participation à Kaze Tachinu pour lequel il avait déjà été largement mis en avant dans le making-of, avec cette rétrospective au festival du film international de Tôkyô. C’est aussi l’année où il est apparu en tant que personnage de fiction dans l’adaptation en anime de Kantoku Fuyuki Todoki, le manga de sa femme sur leur vie de couple, dans l’adaptation en drama de Aoi Honoo, qui met bien plus en avant les créateurs de la Gainax et Anno en particulier que le manga, et enfin dans Shirobako où, de tête, il est le guest-star le plus prestigieux et un de ceux à qui la série donne le plus de temps d’écran. Et à ma connaissance, Suzuki n’a joué aucun rôle dans ces trois apparitions là.
De mon point de vue de fan français qui observe la chose par le trou de la serrure, Anno a à ce moment atteint un niveau de reconnaissance auprès du grand public japonais assez rare pour un créateur d’anime, il n’est plus juste un créateur observé avant tout par les animefans, mais bien une personnalité publique à part entière.

Et si en soit Anno n’est pas le premier réalisateur d’anime à être devenu aussi reconnaissable par le grand public japonais, Tomino et Miyazaki y sont arrivé avant lui, son cas est un peu plus étrange. Là où Tomino assume son coté grande gueule qui dit tout haut ce que les autres pensent tout bas et quand Miyazaki assume parfaitement la posture paradoxale de donner une image public du vieux râleur qui se fiche de ce que les autres pensent de lui, tout en ayant réalisé deux films pour écrire et réécrire sa propre légende, Anno est autrement plus difficile à mettre en scène. C’est un mec capable (/qui était capable) de regarder la caméra dans l’objectif et de lâcher sans prévenir qu’il a envisagé se suicider la veille, mais que comme passer à l’acte était trop mendô kusai il a préféré se poser devant la télé et regarder trois fois en boucle son épisode préféré de Jetter Mars avant d’aller se chercher un truc tout fait à manger au convini. Forcément c’est pas la posture médiatique la plus enviable qui soit.
Il a l’air d’avoir accepté l’idée que cette exposition est la rançon de la gloire et qu’en tant que figure de proue de son studio, il faut bien qu’il se mouille pour assurer la promo des production maison mais je me demande comment il prend ça personnellement. Lui qui a toujours été extrêmement mal à l’aise avec l’image d’auteur à message que tout le monde lui a collé après Evangelion alors qu’il voulait avant tout mettre en scène des robots cools et rendre hommage à la SF de son enfance.

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On a les lurkeurs qu’on mérite, si un incendie permet de faire sortir deux lurkeurs de cette trempe, vous me retrouverez demain dans SBG1 avec un bidon d’essence (mais faites une save avant quand même)

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Option 1) une nouvelle série de Ikuhara annoncée dans 5 jours
Option 2) un poisson d’avril chelou annoncé avec beaucoup trop d’avance.

Dans les deux cas, je suis prêt.

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C’est les dix ans de la série cet été donc, si ça se trouve, c’est juste un collabocafé façon Linda³. Néanmoins, je note que cela arrive juste après l’annonce par Netflix qu’ils vont lancer 40 nouvelles séries animées en 2021.

En parlant d’anniversaires décennaux, Ano Hana prépare le sien, annoncé par son générique dès la diffusion de l’anime il y a 10 ans. Pour le moment c’est très classique, exposition, café à thème, produits dérivés diverses collaboration avec l’office du tourisme de Chichibu… Le gros sera une célébration publique à Chichibu fin Août. J’espérais secrètement un TV sp pour marquer le coup, du coup je croise les doigts pour qu’il y diffusent un court-métrage, celui du Anohana Fes en 2011 avait aboutis sur le film.

Mais je poste surtout pour partager le key visual qui est vraiment top, surtout Tsuruko, même si Tanaka lui a donné la tête d’une daronne qui a bien 5 ans de plus que l’âge que le personnage est censé avoir.