[Ciné/Docu/TV/Streaming] C'est Michael Bay et Don Draper qui rentrent dans un bar

Shin Godzilla était une relecture très pertinente du monstre mythique de la Tōhō sous l’angle post-Fukushima et une critique à peine voilée de l’incompétence des autorités publiques et privées japonaises contemporaines à affronter un problème les dépassant.

Rien d’aussi malin dans Shin Ultraman. On garde certes les plans de caméra un peu nawak qu’affectionnent tant Higuchi et Anno, le fétichisme pour les objets de bureau, et l’incompétence crasse des politiciens. Mais point de relecture moderne du mythe : c’est cette fois un gros hommage fan service à la première série, dont le film source et remixe grosso modo cinq épisodes marquants pour tirer sa trame. Je laisse les fans deviner lesquels.

C’est cette fois avant tout un film par et pour les connaisseurs de la série, et je me demande si l’amour qu’Anno porte pour Ultraman ne l’a pas aveuglé dans une œuvre trop respectueuse de la bible originale, là où Godzilla lui servait plus librement d’outil critique.

Il y a quelques détails qui changent : les personnages ne sont pas les mêmes (pas les mêmes noms, pas les mêmes profils) et le blasphème le plus marquant – et peut-être le plus intéressant à analyser ? – est que le groupe des gentils, le SSSP, est ici réduit à une simple escouade de cols blancs qui vivent leurs petits tracas de vie de bureau et de laptops Panasonic défaillants. Pas d’uniformes flashy, pas de gadgets rigolos, pas de véhicules sympas.

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Ils auraient au moins pu leur filer une cravate orange…

Reste que les gentils d’Ultraman ont rarement été intéressants – surtout Ultraman lui-même qui a souvent eu le charisme d’une endive. Comme pour Batman, ce sont les méchants qui font un bon Ultraman, et tous ceux qui apparaissent dans le film sont très chouettes, à la fois dans leur design et leur utilité. Ils se marchent un peu dessus, vu la densité délirante du film en 113 minutes (Marvel en aurait fait une trilogie), mais les designs sont tous excellents, les effets spéciaux pratiques sont tops, la CG fait le taf, et la direction artistique globale est impeccable. Pas un grand film mais un incroyable long-métrage amateur ultra-friqué pour la Daicon XXIII.

Tōhō et la Tōei ont profité de cette sortie pour balancer la bande-annonce de Shin Kamen Rider, qui sort finalement en mars prochain.

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A ce sujet (cliquez pour voir les screenshots) : https://twitter.com/vvmmrrcc/status/1525180767202070529

Notez qu’on peut trouver sur Youtube le court-métrage amateur de Daicon Film réalisé par Anno et diffusé à la Daicon IV en 1983, Kaettekita Ultraman: MAT Arrow 1-gō Hasshin Meirei. La version Archive.org inclut même des sous-titres anglais.

Également dispo, ce making of tout aussi artisanal que son sujet.

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Critique intéressante de la représentation de la police (et le perso Catwoman) dans le récent The Batman.

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Je ressentais la même appréhension mais le film parodique Chip & Dale / Tic & Tac de Disney+ est sorti ce vendredi et à peu près toutes les critiques US s’exclament que c’est fantastique, que c’est le Roger Rabbit de cette génération (allons bon), et que Disney est débile d’avoir sorti ça directement sur Disney+ sans passer par la case cinoche.

Bravo à vous si vous avez réussi à esquiver l’apparition-surprise de l’ancien Sonic Moche du film Sonic qui a embrasé Internet ces dernières heures. Je me demande comment s’est négocié un truc pareil.

Écoute, tu ne l’aurais pas pointé, et je n’aurais pas eu autre à chose à faire en ce vendredi soir à part garder mon fils pendant que Madame fait la fête, je l’aurais jamais lancé.

Bon c’est vraiment pas génial, et super mortifère, avec mille refs à la seconde, ambiance Ready Player One. De quoi nourrir mille vidéos sur YT « all the cameo in Chip & Dale you have missed». Si on aime passer ses week-ends à la Comic-Con, ça doit être mieux j’imagine, mais c’est vraiment mollasson et aussi vital qu’une bouteille de formole. J’en peux plus de la culture nerd consanguine. A y repenser, Roger Rabbit préfigurait cette espèce de recyclage culturel, et Chip 'N Dale pourrait presque être considéré comme une suite spirituel à ce dernier, mais uuugghhhhh c’est juste détestable comme objet.

Deux points positifs : ça dure à peine 1h30 et la CG pour les décors est vraiment bien fichue au niveau des éclairages. Voilà voilà.


Plus essentiel, y a le cinéma de quartier près de chez moi qui passe en ce moment un cycle cinéma ukrainien contemporain. L’occasion d’aller voir Reflection, terrible film sur la guerre en Ukraine, celle qui a commencé en 2014 en fait. Un médecin volontaire ukrainien sur le front se capturer par les russes. S’en suivent quelques scènes insoutenables, puis le retour à la vie civile de notre héros.

Autant je ne pense pas que cela soit le plus grand film de guerre de tous les temps, autant le film se rattrape par une mise en scène que l’on qualifiera de mono-maniaque : de longs plans séquences parfaitement symétriques, le plus souvent statiques, mais de temps en temps incroyablement dynamiques, une photographie avec trois nuances de couleurs par plan, et cette même focale impitoyable qui ne change jamais, ni ne détourne le regard. Ça m’a fait autant penser à du Wes Anderson corrompu qu’aux tableaux animés de Roy Andersson. Y’a un petit côté purge artistique à la chose, ambiance Tarkovsky en moins dodo, mais je reprends 10h de ça plutôt que m’infliger un autre Chip & Dale.

Le réal avait aussi fait Atlantis juste avant, dans la même veine, mais avec le bonus pré-science qui va bien en 2022. Pas encore vu mais je me le garde sous le coude.

The story follows Sergiy (Rymaryk) a retired soldier with PTSD trying to navigate life in Eastern Ukraine. It takes place in 2025, one year after the end of the war with Russia.


Niveau jolie baffe visuelle très portée sur un fort symbolisme onirique qui s’assume, j’ai bcp aime The Green Knight. Relecture très païenne de la légende du Roi Arthur, c’est vraiment splendide.


J’ai eu une forte envie de Western ces dernières semaines (ça a commencé parce que je voulais bosser la filmo de Lawrence Kasdan, me demandez pas pourquoi). Alors je me suis cantonné à la veine révisionniste / néo-classique des années 80 / 90, mais dans le désordre :

Silverado (1985) : le très enthousiaste fanboy du lot, avec une musique assourdissante mais au combien doudou de Proust de Bruce Broughton, ça cherche à caser dans un grand raout absolument tous les clichés du genre. C’est aussi plein de chouettes acteurs comme un Kevin Costner à ses débuts hyper tête à claque, un Kevin Kline lunaire, ou encore Scott Glenn qui crève l’écran comme rarement. Mais aussi Danny Glover (!), Brian Dennehy (!!), Linda Hunt (!!!), John Cleese (!!!) et Jeff Goldblum (!!!). Je poussais des petits cris à chaque fois.

Impitoyable (1992) : un maussade et ruminant Eastwood, plein de vieux tueurs qui cherchent à tourner la page, mai qui y arrivent pas, d’autres qui tentent d’écrire leur épitaphe, et plein de morts pour rien. Bon vu que tous les persos joués par Eastwood à partir de la fin des années 80 suivent à peu près la même trajectoire, on sait exactement comment ça va se finir. Lire la page wikipedia donne l’impression de pas avoir vu le même film, parce que bon ça reste Clint Eastwood qui se fache et botte des culs à la fin malgré son grand âge, mais reste une photo magnifique, et quelques seconds rôles comme le blanc-bec myope comme une taupe.

Tombstone (1993) : gros gros casting (Kurt Russel, Val Kilmer, Sam Elliot, Michael Biehn, Bill Paxton) dirigé par George P. Cosmatos, un honnête yesman qui savait y faire. Le mascara de Russel choque autant que le cabotinage hyper efficace de Kilmer, et les geysers de sang ont une belle teinte tagada, mais c’est fait avec nervosité et des acteurs qui ont clairement pris grand plaisir à apprendre à monter à cheval et à faire des figures acrobatiques avec leur flingue.

J’ai commencé sans terminer Pale Rider, faut que je le reprenne. Le Western est un genre que je connais vraiment mal, j’hésite à aller creuser les Sergio Leone par exemple, mais j’ai un peu peur que le genre soit tellement remaché et cité, que je passe complètement à côté du film

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Vu la quantité astronomique de références que contient le film, dont une bonne partie sans lien avec Disney, je suppose que leur service juridique a eu du pain sur la planche pendant un paquet de temps. Là où Sonic se distingue des autres refs, c’est que c’est une licence japonaise, mais les négociations se sont probablement faites directement avec la Paramount.

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Ah…

Sinon, puisqu’on parlait de personnages Disney, voici une vidéo cinéphile intéressante sur Goofy vs Pluto mais qui débouche sur une observation moins pompière qu’attendue.

J’imagine que le sujet n’arrive pas par hasard, car dans une version antérieure du script le méchant de Chip & Dale était apparement supposé être un Pluto aigri d’être traité comme un animal secondaire, avant d’être remplacé après des mauvais retours.

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Regardé hier, c’est terriblement nul et génant. Mais la vraie question, c’est à qui s’adresse ce « truc ».
Pas les enfants, le film est malaisant et aborde des thèmes complexes. Pas aux millennials, ormis les clins d’oeil, l’histoire est naze et vue et archi revue.
MAIS LE PIRE.
C’est justement la comparaison avec Roger Rabbit, qui est à 10 000 lieu en qualité de ce truc.

J’ai justement l’impression que ça s’adresse à la seconde moitié des milennials et aux zoomers, à toute cette génération qui érige le meta et l’ironie en valeurs culturelles suprêmes et ont porté aux nues des navets sans noms comme les deux Deadpool sans réaliser que c’est pas parce qu’on fait de la merde ironiquement que ce n’est pas de la merde pour autant.
J’ai lu des avis sur Twitter qui allaient dans ce sens, expliquant que le discours méta et la distance que prenait le film était ce qui lui permettait de surclasser les autres relaunches de séries nostalgiques 20/30 ans plus tard.

Mais perso ce qui me dérange le plus dans le film c’est tout ce qui touche à son antagoniste. Impossible pour moi de ne pas voir de parallèles avec la vie de Bobby Driscoll, l’enfant Star des studios Disney dans la seconde partie des années 40 et la voix de Peter Pan dans le film d’animation. La puberté ne fut pas clémente avec lui et après que son acnée et sa pilosité faciale émergente rendaient très difficile son maquillage, il fut renvoyé sans aucune autre forme de procès, son contrat avec le studio annulé. Suite à ça ses parents le retirèrent de l’école pour jeunes acteurs où il étudiait pour le placer dans le public ou il fut la tête de turc de ses camarades, ce qui le poussa vers la drogue, la prison et une mort à 31 ans dans l’indifférence la plus totale. Son cadavre resta même non-identifié pendant une année.
Ça me rapelle le film ultra cynique sur la création de Mary Poppins qui reécrivait l’histoire pour présenter de façon positive la façon dont Walt Disney avait dépossédé l’auteur du roman original de son œuvre pour créer son film à succès. Et du coup ça fait la seconde fois en même pas 10 ans que Disney n’a aucun scrupule à utiliser des moments peu glorieux de leur histoire pour en faire un film à leur avantage. Le cynisme de la pop-culture capitaliste actuelle dans toute sa splendeur, ils en arrivent même à utiliser leurs actions qui devraient êtres retenues contre eux pour continuer de faire du fric.

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LegalEagle a appelé un pote avocat militaire (un JAG, donc, comme on le sait depuis la série JAG) pour analyser les innombrables pépins légaux du premier Top Gun.


Prague, des Espions, Chris Evans avec une moustache, j’étais chaud sur The Gray Man mais je réalise soudain que c’est un film d’action Netflix et qu’ils ont tous déçu « après la bande-annonce sympa » jusqu’ici.

Sachez que toutes vos jérémiades sur Chip & Dale me donnent incroyablement envie de le voir.

Dans un registre franchement moins intello que Tristan, quelques visionnages récents :

Halo
Je crois que le balekomètre pour la série est très haut sur ce forum (à part @Pierre, sans doute), mais je ne crois pas qu’aimer ou non la saga de Bungie / 343 Industries soit déterminant pour apprécier le feuilleton qui en a été très librement, et même très intelligemment tiré. Dès la scène d’intro, qui nous présente Master Chief comme un monstre sanguinaire redouté, la série annonce le ton : elle fait ce qu’elle veut de l’héritage des jeux, pour la réorienter vers une histoire de guerriers augmentés à l’empathie artificiellement inhibée. Et qui, devinez quoi, vont apprendre que oh what eux aussi peuvent avoir des émotions (enfin, un peu, tardivement et de manière fort peu maîtrisée). En regard, les covenants sont eux-mêmes des aliens qu’on apprend sinon à aimer, du moins à ne pas détester, car dans cette histoire de guerre intergalactique entre factions, se diffuse en pointillés l’idée que personne ne sait exactement qui a débuté le conflit, ni pourquoi l’autre est un ennemi. Bref, ça brasse des thèmes pas forcément originaux en soi, il y a des bouts de Philip K. Dick light, de Star Trek et de Battlestar Galactica, le tout ramassé en neuf petits épisodes d’un peu moins d’une heure chacun, et franchement, à défaut de révolutionner le genre, ça se laisse voir. Surtout, et c’est sans doute ce qui oriente le plus mon jugement, je ne vois pas très bien ce qu’il aurait été possible de tirer de mieux comme matière et mise en récit à partir de l’univers franchement tarte à la crème de Halo, et son héros à la stature aussi iconique que creux. D’ailleurs, je souscris au parti pris d’assez vite virer le casque pour mettre en avant l’acteur, Pablo Schreiber, qui fait du mieux qu’il peut dans le rôle du gorille psychorigide qui découvre l’odeur des pitites fleurs et s’interroge sur le sens de la vie. Au final, le lore fournit quelques éléments commodes autant qu’étranges (ça vire parfois à l’ésotérisme chelou) ; la série joue clairement plus dans la cour d’un Game of Thrones en termes de ton et élague tous les monstres rigolos des jeux comme s’il était interdit de rigoler, et l’esthétique de la saga sert au final surtout à offrir des scènes d’action très dynamiques, avec utilisation appuyée de la POV et du HUD lors des fusillades, effet de citation assez facile mais qui marche quand même. Dommage que le dernier épisode se perdre dans un grand fatras atroce de CGV aussi cheap qu’omniprésentes, c’est le moment où la série se fait complètement bouffer par son inspiration, et il n’en reste qu’un très long et très gênant montage Machinima à oublier. Accessoirement, Charlie Murphy II me fait complètement fondre, je n’ai plus été autant amoureux d’une actrice depuis Mackenzie Davis dans Halt and Catch Fire.

Bref, si vous aimez, je vous l’aurai dit en premier, et si vous trouvez ça naze, je vous l’aurai dit en premier aussi.

No Time to Die et Spectre
Je les mets ensemble, car manifestement ils se suivent et n’ont de sens que vus l’un après l’autre, et je les mets dans ce sens-là, car c’est seulement après avoir vu le 007 de 2021 que j’ai capté que j’aurais dû voir celui de 2015 avant. Accessoirement, je pense qu’on peut leur adresser les mêmes compliments et les mêmes reproches.

Les compliments d’abord : purée, quel casting de psychodingue. Outre que la mifa de Chaz y est plus qu’à l’honneur, la distribution en général est folle. Sans injurier mon Mathieu Amalric que j’aime d’amour inconditionnel depuis son entrevue avec Deneuve dans Rois et Reine, en méchants de James Bond, Christoph Waltz et Rami Malek, ça se pose quand même là.

Ensuite, eh bien… c’est parfois assez bien écrit, souvent la première partie des deux films, avec des répliques jamesbondesques souvent bien trouvées, entre le laconisme que l’on peut attendre du héros de Iann Flemming et le côté subtilement (?) rentre-dedans qu’y ajoute Daniel Craig.

Enfin, il y a des scènes d’action, auquelles ont peut difficilement retirer d’avoir été manifestement filmées dans des pays très différents les uns des autres, avec de très gros budgets, des véhicules forts variés et manifestement un concours de zob - remporté haut la main - de la plus grande explosition cinématographique.

Pour le reste… meeeeh. Ecoutez, je dois avouer que je n’ai jamais été un grand client de la saga, que je n’ai jamais tout à fait compris à quel degré exact c’était censé être vu, ni à quels critères intrinsèques manifestement exclusifs aux James Bond il fallait être sensible pour les apprécier comme un vrai connoisseur, mais vu depuis mon siège de type pour qui James Bond est avant tout une série de jeu vidéo née en 1995 qui a inspiré de nombreux produits dérivés cinématographiques plein de bonne volonté mais systématiquement moins intéressants, je reste sur l’idée que c’est quand même un énorme fatras de TGCM, et que le trou de complot semble être le principal moteur de transition entre les scènes. Accessoirement, j’ai trouvé les deux scénarios assez confus et mal menés (alors qu’ils ne racontent au final pas grand chose de très compliqué, c’est juste qu’ils le font mal), les deuxièmes parties abracadabrantesques à un point à partir duquel il n’est même plus nécessaire de s’inquiéter pour James Bond, vu que manifestement il est immortel.

Dernier truc particulièrement con : qu’est-ce que les méchants sont mal écrits. C’est déjà un peu vrai du Ernst Stavro Blofeld de Waltz, dont il est bien difficile de comprendre pourquoi il est si méchant ; ça l’est encore plus du Lyutsifer Safin de Rami Malek, quasiment catapulté dans le film à ses deux-tiers comme si ce dernier réalisait qu’il n’allait nulle part, et qui flotte complètement. C’est incroyablement rageant, tant Malek joue délicieusement ce méchant, malgré une origin story balancée à en catastrophe et des lignes de dialogue parfois affligeantes de platitude.

J’en ressors avec l’étrange sentiment que j’aurais pu voir deux très bons films d’action s’ils n’avaient pas autant cherché à être des James Bond (mais c’est peut-être moi qui suit un très mauvais spectateur de la saga, et me scandalise de ne pas trouver de peccorino à la truffe dans un resto de poutines). En tout cas, manifestement, je suis un meilleur client pour John 117 que pour James 007.

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Alors moi j’en ai strictement rien à foutre de ce que raconte Halo. D’ailleurs j’ai zappé TOUTES les cinématiques d’Halo Infinite, qui sont d’une stupéfiante nullité. A la rigueur le premier Halo se tient bien de ce point de vue : il raconte efficacement mais avec un certain sens du mystère une histoire assez claire qui se suffit à elle-même. Dès le 2 c’est absolument atroce.

Néanmoins, j’ai récemment regardé quelques épisodes de la série Halo et je suis tout à fait d’accord avec toi : « je ne vois pas très bien ce qu’il aurait été possible de tirer de mieux comme matière et mise en récit à partir de l’univers franchement tarte à la crème de Halo, et son héros à la stature aussi iconique que creux ». Et j’ai trouvé la série étonnamment graphique : qu’il s’agisse des Covenants en action, flippants par leur taille et leurs armes qui font exploser les pauvres humains qui les croisent, ou des expérimentations liées à Cortana, choquantes, il y a un côté horrifique qui intensifie les enjeux. (Bon, je me suis quand même endormi devant chaque épisode ^^,)

Nan mais oubliez Master Chief, les vrais héros masqués en remettent une couche.

J’aime bien l’idée de la vraie-fausse bible de la série complète qui n’existe que dans ton coeur.
Je regretterais presque de ne pas avoir prévu de passer à la JE pour le faire dédicacer.

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Le dernier VERSUS est toujours aussi inspiré et bien mené que les précédents.

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De rouille et d’os (2012)

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Je suis dans les temps, je n’ai que dix ans de retard. Surtout, mieux vaut tard que jamais : j’avais un peu délibérément snobé cet Audiard, que j’adore pourtant, à la fois refroidi par la présence au casting de la parfois irritante Marion Cotillard et, aussi, pour son pitch un peu curieux de femme qui apprend à vivre après avoir été à 10 % dévorée par un orque.

Je fais amende honorable : c’est magistral. Cotillard joue superbement juste, pleine d’amertume, de doutes et de fierté ; Matthias Schoenaerts tient le film entier dans sa poche, avec son rôle de tendre loubard mutique et profiteur, d’une minéralité qui éclabousse l’écran ; cela va sans dire, la photo est dingue, granuleuse, charnelle et rugueuse à la fois. Le film lui-même est tour à tour planant, drôle, touchant, toujours pudique, parfois d’une férocité verbale et physique inouïe, sans jamais se départir de son cadre un peu cracra de France des docks et du Macumba. Et c’est toute sa force : Audiard excelle à valoriser le médiocre et sublimer le banal ; jusqu’à faire passer des déclarations d’amour que l’on pensait impossible en un simple plan sur une station-service. C’est dingue de savoir aussi bien écrire des dialogues, de savoir mettre dans la bouche d’un antihéros si avare en phrases des maladresses aussi naturelles et touchantes.

Du coup, ça me coûte de faire remarquer qu’il y a plusieurs faux raccords, que @Onosendai ne pourra décemment jamais cautionner : chaque fois que Matthias Schoenaerts est filmé en train de participer à des combats de rue façon MMA 1/ il n’est jamais en sueur après 2/ il n’y a aucune cohérence dans les hématomes d’un plan à l’autre.

Bref, je le conseille à tous sauf à Ono.

Drunk (2020)

Ma malédiction est de ne pas pouvoir regarder un film ou une série sans les associer automatiquement à d’autres, et là, je vois bien que ça a buggué dans ma tête quand j’ai commencé à me représenter un mashup du Cercle des poètes disparus, du Cœur des hommes et de Human Traffic.

Le petit pain brioché : Martin, un prof d’histoire objectivement très chiant, se rend compte lors d’un dîner pour les 40 ans d’un de ses amis profs qu’il est vraiment, objectivement, très chiant, ce qui semble d’autant plus le tracasser que ça n’a pas toujours été le cas, et que maintenant qu’il y pense, c’est vrai que sa vie est nulle, que sa femme ne le regarde plus et d’ailleurs lui non plus. Heureusement, ces intellos de province danois ont une idée de génie, ou en tout cas de sa bouteille : mettre en pratique la thèse du psychiatre norvégien Finn Skårderud, selon qui l’homme serait né avec un manque de 0,50 grammes d’alcool dans le sang (spoil : ledit Finn Skårderud, probablement pas ravi de passer à la postérité pour une hot take pas très recommandable, a démenti).

Concrètement, cette bande de quadra se lance le défi de devenir à la fois de meilleurs professeurs et de meilleures connaissances en picolant en douce chaque jour au lycée, en veillant à être en permanence à 0,5 g/l chaque jour de 8h à 20h (ensuite, ils arrêtent, comme Hemingway). Et bien sûr, how things could go wrong.

Le film est aussi téléphoné qu’une soirée avec plus de bouteilles que de convives. On connaît déjà tous les étapes, on les a déjà toutes affrontées une à une, si bien qu’on suit le film en étant franchement à la place de Sam le conducteur.

Au-delà du titre-choc et du concept un peu provocateur, il faut mettre au crédit de Drunk de ne pas être un simple Very Bad Trip viking pour quadras, dans la mesure où 1/ du nectar des dieux il ne parle pas que d’ivresse, et toute une partie tourne surtout autour de la douce et fragile euphorie du deuxième verre 2/ derrière les verres (en l’occurrence les gourdes) qui se vident, il raconte aussi quelque chose de la crise de la quarantaine, des premiers grisons et des corps hier si conquérants qui mollement s’engourdissent, des amours fatiguées - tu avais perdu le goût de l’eau et moi celui de la conquête - des couples qui ploient sous le sinistre fatras du train-train quotidien, des couches, des enfants et des courses avant que ça ferme.

C’est un film qui systématiquement fait un peu l’effet contraire de ce qu’il montre : le quotidien y donne envie de boire, mais la boisson y donne envie de quotidien. Parfois les personnes secondaires flottent un peu, tout comme les élèves, un peu nunuches, et bien trop ouvertement alcooliques, même pour des Danois ; Mads Mikkelsen est parfait en vieux beau apathique et pâteux, qui semble ne même plus se souvenir quand est-ce qu’il s’est éteint et comment faire pour se réveiller.

Au final, le film est un bon compagnon de soirée, très voire trop familier pour surprendre, le genre de type qui fait rire avant minuit, avant qu’on ne commence à s’inquiéter pour lui, mais c’était tellement prévisible. La scène finale est je pense assez symptômatique d’un film qui ne pouvait pas se finir, et qui donc fait n’importe quoi, mais là encore, c’était pas comme si on s’y attendait pas.

Tic & Tac Rangers du risque: le film (2022)

Mid-life crisis toujours, j’ai mis mes menaces à exécutions, et encouragé par vos détestations, me suis infligé cet étonnant suppositoire cinématographique multigoût.

Bon, j’ai déjà commencé par me convaincre qu’il fallait que je parvienne à le défendre, et j’ai tenu cinq minutes avant de lâcher le film : on ne peut pas sauver quelqu’un qui ne veut pas l’être. En 2022, un film d’animation qui met en scène « Ugly Sonic » et l’Uncanney valley, il se fout d’être bon ou mauvais, il veut juste sincèrement être détesté, au point d’aller chercher tous les totems fétichistes du dégoût, et je pense qu’il faut respecter ça. Ce Tic & Tac est trop méta, trop référentiel, trop bizarre, trop gênant, et c’est une indéniable réussite, vu que c’est manifestement son principal objectif. D’ailleurs, j’adorerais être un petit écureuil une petite souris et pouvoir voyager dans le temps pour assister à la conversation durant laquelle Bob Iger s’est dit fuck that, je lâche les rennes de la boîte dans quelques semaines, on n’a qu’à fusionner ce projet maudit de reboot de Chip’n’Dale avec ce manuscrit pour un long-métrage maison qui ferait concurrence à Ready Player One tout en mettant en avant nos IP maison, ça ressemblera probablement à rien, mais c’est Bob Chapek qui gèrera, yolo.

Les dix premières minutes du film sont vraiment incroyables, c’est absolument impossible de savoir à qui ça s’adresse, à part très probablement à « personne ». L’origin story de l’amitié de Tic & Tac dans une école à la Roger Rabbit, sur fond de harcèlement scolaire, sérieusement ? Un mélange de prises réelles, de 2D, d’images de synthèse et de rendu pâte à modeler, vraiment ? Curieux mélange arlequin de tout, et qui, forcément, n’a le goût de rien.

J’ai pourtant essayé de faire les choses bien : j’avais junior à ma gauche en copilote de canapé pour m’aider à apprécier avec un (vrai) regard d’enfant. Quel étrange moment. Lui, à chaque nouveau cameo jeté en pâture à la caméra : « et lui, tu le connais ? et lui, tu le connais ? » Moi : « Oui. Non. Non. Oui, mais il était pas poilu ni grassouillet à l’époque ». Une sorte de Qui est-ce cinématographique curieux et assez bancal, vu que de toute façon, Tic & Tac mettant un point d’honneur à sortir chaque personnage de son rôle, c’est au final plus souvent un jeu des 7 différences qu’autre chose.

Alors, j’en viens à deux pistes d’interprétation. D’abord, je serai curieux de savoir si mon fiston aura envie de le revoir, mais je me rappelle que la découverte de Who Framed Roger Rabbit? avait été pour moi solitaire. Elle n’avait donc pas été entourée par la nostalgie d’un éventuel paternel, et pourtant, le film s’y prêtait déjà, avec ses très nombreux cameos issus de dessin animés déjà (très) old-school. Aurais-je été familier de tous ses innombrables cameos, aurais-je été sorti aussi souvent du film que je ne l’ai été durant celui-ci (ou durant Ready Player One) ? L’air de rien, l’un des plaisirs habituels d’un film référentiel, c’est d’avoir les références que d’autres n’auront pas ; ce qui change doublement l’expérience : avec le recul, je pense que c’est parce que je ne connaissais pas une bonne partie des personnages de Roger Rabbit que j’ai pu rentrer dans l’histoire, alors que là, l’omniprésence de références évidentes pour moi, et la sursollicitation de souvenirs qui va avec, fait complètement écran au récit. (après, ça ne change probablement pas grand chose au fait que Roger Rabbit soit, tout simplement, un meilleur film, avec un genre plus ancré, un récit mieux maîtrisé, des personnages beaucoup plus forts, un univers général plus cohérent et mieux maîtrisé).

La deuxième chose que ça m’évoque, c’est que Tic & Tac sous-développe un thème qui était je pense beaucoup plus porteur, intéressant et rafraichissant que celui de l’héritage, de la nostalgie et du fandom : celui de la contrefaçon. En plus de jeter ensemble des personnages à l’esthétique anachronique les uns entre les autres, Tic & Tac introduit en effet des espèces de faux héros ratés, mal ressemblants. Sur le coup, ça rajoute un degré supplémentaire de foutraquerie visuelle à un film qui n’en manquait déjà pas, c’est le moins que l’on puisse dire, mais ça ouvre vers une piste qui aurait certainement mérité plus de développements. Déjà parce que le contre-pied de la part d’un Disney est total et amusant, ensuite parce qu’est une manière radicalement différente d’aborder la question de l’IP et de leur héritage. Malheureusement, le film n’en fera pas grand chose. Alors qu’en fait, le biopic d’Ugly Sonic, c’est ça que le monde veut.

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Ah mais j’ai vu ce film ! Sauf qu’il ne durait que six minutes, c’était parfait.