[Les champs de Pivot] Le stupéfiant topic des 漢字, de l'ετυμολογία et des 𓀀𓋍𓉏𓅢

Le retour du topic Pivot, pour toutes choses qui concernent les langues (à l’exception notoire du Lucullus de Valenciennes) : linguistique comparée, étymologie, perles et casse-têtes de traduction, univers merveilleux des conlangs, jeux de mots hasardeux en VO, poèmes lyriques en l’honneur des kanas disparus, insultes envers le partitif pluriel de l’estonien et offres de parrainage sur Wall Street Institute.

J’attaque avec cette fort mignonne vidéo de valorisation du travail des traducteurs de mangas, publiée à l’occasion de la dernière remise du prix Konishi qui leur est dédié.

Un peu plus nerd, Kuzushiji Recognition, une application fascinante pour lire, numériser, transcrire à la volée des textes japonais ancien en kanas et kanjis modernes avec dictionnaire intégré.

Pas forcément d’une utilité dingue dans la vie de tous les jours à part si l’on possède chez soi une bibliothèque de textes de l’ère Tokugawa. Du reste, l’autrice, la thaïlandaise Tarin Clanuwat, doctoresse en japonais ancien, doit rejoindre en septembre prochain Google pour bosser, on le devine, sur la numérisation des archives, ce qui semble l’emploi le plus logique et évident de son savoir-faire.

Son site avec ses logiciels :
https://tkasasagi.github.io/

En bonus, une interview que je pose là pour la lire plus tard sur l’évolution des kanji vers les hiragana, et la thèse d’un système graphique intermédiaire perdu, les Kuzushi-ji

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Ah, c’est une app pour lire le cursif ? Incroyable, il faut des mois d’apprentissage pour pouvoir seulement commencer à le déchiffrer normalement.
Bon, après encore faut-il le comprendre, c’est clairement pas une app pour autre chose que les 12 chercheurs qui bossent sur le cursif (perso j’ai jamais touché à cette merde, surtout que la plupart des textes sont à partir d’Azuchi-Momoyama, et j’étais dans l’époque d’avant où c’était encore plus la merde donc on attendait les versions imprimées par des pros parce que ain’t nobody got no time for dis).

Les pros du Scrabble devraient regarder du bon côté : wokeness rapporterait 65 points.

Le dispositif de David Castello Lopes tourne méchamment en rond, avec ses fameux regards-cam trollesques → info sérieuse → blagounette → chanson ironique, mais :

1/ je l’aime toujours quand même très fort.

2/ après avoir mis sur mon radar la notion de « e prépausal », il m’apprend qu’un trait linguistique suisse typique a également un nom savant. (« Proéminence Pénultième »)

(Si jamais vous tombez sur une conf ou des cours de Anne-Catherine Simon, n’hésitez pas à faire signe.)

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Oh, tous ces alphabets et systèmes d’écriture complexes à apprendre !

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Enfin les vraies questions.

Ok, learning foreign languages is cool.
But have you tried learning foreign languages without a lobe temporal gauche ?

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(Perso ça me rassure d’avantage sur l’intelligence des enfants du lobe temporal droit.)

We’re thinking a little « left brain » here!, me prévient justement le British Museum alors qu’ils clament leur amour pour le boustrophédon des hiéroglyphes bovinés d’Anatolie.

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Ricochet inattendu du confinement, les gamins américains veulent regarder Leicester - Leeds, boire une pinte et jouer à Sonic Colours.

:eggplant:

Le musicien et game designer Chris Remo – qu’honnêtement je ne connaissais pas avant la série de vidéos qui va suivre mais à qui l’on doit notamment Firewatch – s’est mis en tête de partager pendant le confinement sa passion pour les mots croisés du New York Times. Depuis le mois de juillet, il téléverse ses parties quotidiennes en expliquant sa réflexion à voix haute mais avec le timbre le plus paisible du cosmos (sans doute un bonus pour les fans d’ASMR). Je le suis depuis une dizaine de jours ; c’est assez relaxant et j’y apprends plein de mots.

Parmi les nombreuses mesures « sanitaires » de purification culturelle du jeu vidéo chinois en plein vent de panique morale du gouvernement qui pige pas pourquoi ses gamins kiffent Genshin Impact, Netease a annoncé une nouvelle nomenclature plus sinophile pour les niveaux de rareté de ses gatcha (!) sur mobile. ils deviendront donc respectivement :

【N】 →【普】(Pǔ)

【R】 →【良】(Liáng)

【SR】 →【優】(Yōu)

【SSR】→【極】(Jí)

【SP】 →【異】(Yì)

Dans une discussion récente, j’ai découvert l’expression « curtain twitcher », en gros les vieux qui observent les voisins incognito à travers leurs rideaux et ensuite gossippent toute la journée sur ce qu’ils ont vu. L’expression existe aussi en espagnol (« La vierja’l visillo ») et je me demandais qu’est-ce qu’on aurait d’équivalent en FR.
J’imagine que pour nous, ça serait une référence obligatoire à Vichy, ou un truc avec « radio corbeau » (donc j’ignore l’origine maintenant que j’y pense) ?

Je ne comprends toujours pas comment on s’amuse dans Crusader Kings, mais on peut décidément faire de plus en plus de choses.

If a character exceeds their Foreign Language Limit, they will start getting events about feeling overwhelmed, giving you the choice between forgetting a language or gaining stress. In a sense, this system is very similar to how we handle characters having too many lovers.

Vous avez aimé le drama du yougoslave serbo-croate ? Vous aimerez l’histoire de l’hindoustani l’hindi et l’ourdou.

Toujours fascinant, ces langues parentes qui divergent - écriture, vocabulaire, etc. - non pour des raisons géographiques et linguistiques, mais essentiellement politiques et identitaires.

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Un assez bon résumé de mon année 2021 : quasi pas touché un jeu vidéo, mais passé un nombre assez indécent d’heures sur Duolingo, la plus populaire des applis d’apprentissage des langues. En fait, je suis dans le 1 % d’utilisateurs qui y passe le plus de temps. C’est chiant, d’être obsessionnel, des fois. Le pire étant que Duolingo est loiiiiiiiiin d’être parfait, voire même assez limité et concon sur de nombreux points. Mais il a quelques qualités assez exceptionnelles.

Pourquoi ne pas aimer Duolingo ? D’abord, parce qu’il s’agit essentiellement de bêtes exercices extrêmement scolaires, très répétitifs, pas ultra stimulants, et qui en outre ne font pas toujours travailler la langue cible : pas mal d’exercices de traduction consistent à assembler ensemble des mots parmi une liste assez limitée. Je peux vous écrire எனக்கு ராக்லெட் சாப்பிட வேண்டும் et vous proposer de traduire en vous offrant les mots je / vélo / la / pneu / manger / vous / raclette / veux / de, je pense qu’il y a 90 % que vous réussissiez l’exercice sans que vous ayez entravé le moindre mot en tamoul. Je regrette par ailleurs l’absence quasi-totale de textes : on travaille jamais plus que des phrases isolées, souvent un peu cliché (et encore, depuis peu, il y a une dizaine de courts dialogues à débloquer qui ont été ajoutés).

Autre limite : le niveau plafonne vite. J’ai validé l’intégralité de la formation en anglais juste en faisant un sans-faute au test de niveau, et ok je sais parler anglais, mais y a un milliard de points de grammaire ou de vocabulaire un peu tricky sur lesquels je peux buter. En gros j’ai l’impression que l’application permet d’aller jusqu’au niveau B2, pas vraiment plus (sachant que A1 grand débutant, A2 faux débutant B1 baragouine poliment B2 intermédiaire, se débrouille sur plusieurs sujets C1 usage courant C2 bilingue, capte les nuances d’accent). C’est donc davantage un outil pour débuter une langue, ou la dépoussiérer, que pour la perfectionner.

Enfin, dernier aspect, le fonctionnement très scolaire de Duolingo n’est pas adapté à toutes les langues - notamment celles dont la structure syntaxique diffère beaucoup de la langue source. Un exemple tout bête : quand on bosse le japonais ou surtout le chinois depuis une langue romane, l’appli va compter comme faux le fait de ne pas restituer « un chat » par 一只猫, alors que le chinois s’en cogne royalement des articles indéfinis, 猫 suffisait largement, et le surtraduire par un numérateur (一只=« 1 animal domestique ») est aussi lourdingue que souvent absurde dans le contexte.

Alors, pourquoi j’ai ruiné autant de temps sur ce service ? Parce qu’il a quand même un certain nombre d’avantages objectifs ainsi que de techniques de captation honteuse d’attention auxquelles je suis parfaitement vulnérable (à commencer par un système de ligues hebdomadaires avec montée/descente de division en fonction du nombre d’xp obtenus en finissant des exercices - je n’ai pas décroché avant de finir 1er de la première ligue, ce qui représente un run incompressible d’environ deux mois et demi). C’est vraiment un levier honteux et je me juge.

Le second point, c’est que le côté scolaire et répétitif a quand même ses atouts, notamment quant il s’agit de mémoriser des trucs absurdes - typiquement des associations entre un signe et un son. Alors que je galérais en chinois depuis que j’ai commencé il y a trois ans, confondant en permanence lectures chinoise et japonaise, j’ai eu l’impression de faire un sacré bond (ou plutôt d’enfin m’arracher au niveau de mauvais faux débutant). J’ai par ailleurs à peu près pigé le système alphabétaire hindi, ce qui est une gageure vue son fonctionnement (en gros c’est un alphabet consonantique avec des ligatures qui servent à marquer la voyelle ; rajoutons que comme en japonais avec le u final, il y a un a court final qui correspond souvent à une consonne quasi sans voyelle).

L’autre avantage, celui qui personnellement m’enthousiasme le plus mais je comprendrai qu’on s’en foute, c’est qu’il s’agit d’une application qui offre un nombre considérable de langues à apprendre, y compris certaines rares (hawaïen, finnois…), y compris certaines mortes (latin), y compris certaines construites (espéranto, klingon, dothraki…). On ne va pas se mentir, si je reste, c’est principalement parce que je peux bosser ou faire joujou avec une vingtaine de langues différentes avec une seule application. Surtout, et c’est pour moi l’argument ultime, on peut changer la langue source aussi bien que la langue cible, et, par exemple, apprendre le chinois en japonais, ou le russe en espagnol, ou l’allemand en hongrois, etc. La combinatoire n’est pas infinie, ce sont des associations prédéterminées (parfois trop à mon goût, j’aimerais bien faire du russe en chinois ou l’inverse par exemple), mais c’est quand même extrêmement utile pour ne pas passer par sa langue maternelle (exercice de gymnastique mentale que je suis obligé de m’infliger, mon vieux cerveau rouillé ayant du mal à spontanément penser dans une langue étrangère, a fortiori nouvelle).

Dans le détail, j’imagine que chacun trouverait plus ou moins son bonheur en fonction de son niveau, de ses attentes et de la ou les langues visées, donc difficile de recommander Duolingo à l’aveugle. A titre perso ça m’a énormément aidé pour absorber du vocabulaire et des idéogrammes en chinois ; plutôt aidé d’un recours précieux pour acquérir rapidement des bases de russe mais je plafonne ; enrichi mon vocabulaire en japonais sur des thématiques un peu spécifiques (genre le judiciaire, cool, je fais enfin pouvoir comprendre Gyakuten Saiban en VO, si je retrouve ma cartouche) ; permis de rafraîchir un peu ma mémoire, à bas niveau, sur l’arabe, le polonais le tchèque, et de faire mumuse sur le finnois, l’hawaïen ou le swahili, mais on ne va pas se mentir, il ne m’en reste déjà rien.

Le plus gros problème au final est que Duolingo entraîne moins à parler les langues qu’à avoir bon aux exercices de Duolingo. Donc si demain j’ai besoin professionnellement de traduire « La vache boit de l’eau » à l’écrit du chinois vers l’italien, les doigts dans le nez, mais pour le reste : zéro réflexe conversationnel, aucune aptitude sociale réelle, juste de quoi se repérer dans des textes étrangers. Je me suis mis depuis quelques temps à Tandem en complément, une application d’échange linguistique, et ça comble pas mal ce manque-là. Dans tous les cas, Duolingo c’est rigolo mais ça n’a vraiment d’intérêt que 1/ si on a que ça à foutre de jongler entre les langues 2/ en complément à des cours, auquel cas je pense que ça peut être turbo efficace.

Je ne peux pas non plus passer sous silence le principal défaut du service : y a pas l’estonien.

Accessoirement, si d’aucuns ont perdu un peu de temps sur d’autres services/applis et ont des retours à donner, je suis preneur ! Il serait je pense assez sain que je reprenne une activité normale et arrête Duolingo.

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Merci du retour !
Du coup, questions :

  1. est-ce que y’a le mongol ?
  2. puisque tu expliques qu’on peut changer la langue source, est-ce qu’on peut faire Japonais > Mongol ? (ou Japonais > Turc, ça marche aussi je crois) ?

Malheureusement non, pour les deux.

Le mongol est totalement absent (au contraire du bahasa, du viet et du thaï, mais uniquement présent dans le sens thaï–>anglais, autant te dire que c’est assez velu).

Les langues cibles disponibles depuis le japonais sont assez peu nombreuses : anglais, chinois, coréen, français, et c’est tout.

A noter qu’il existe un système d’incubateurs de cours, réalisés par la communauté, qui permet de découvrir en avance les futurs couples linguistiques, ou en tout cas ceux dont le développement a été lancé (ce n’est pas en soi une garantie qu’ils aboutissent) :

https://incubator.duolingo.com/

Dans le tas, il y a d’alléchants espagnol → maya, anglais → maori, et chinois → allemand, mais aucune trace de mongol. De son côté, Duolingo s’est engagé en lancer en 2022 des cours de zoulou et - ô joie - de xhosa (langue à clic parlée dans Black Panther, si j’en crois cet article tout à fait random sur le sujet)

Pour finir sur la question, à la manière de Spotify, Duolingo publie en fin d’année un bilan de ses statistiques globales. A sa manière, c’est une fenêtre sur la géopolitique culturelle mondiale, ainsi qu’un incroyablement générateur à questions très boulettecore : je suis sûr que Chaz a quelque part dans ses cartons un post en préparation sur la passion brésilienne pour les soaps turcs.

  • Top 10 languages studied around the world (in order): English, Spanish, French, German, Japanese, Italian, Korean, Chinese, Russian, Portuguese.
  • In 2021, the hardest-working countries were (in order): Czechia, Japan, Belarus, Germany, and Hungary. These are the countries that complete the most lessons per learner. This year’s ranking marks gains for Czechia and Belarus, and slight drops for Germany (the former #1) and Hungary (formerly #3).
  • Like the rest of the world, Brazil is excited to study Japanese and Korean: Japanese is the fastest-growing language in Brazil, and Korean is 4th—reversing the 2020 order, which had Korean ahead of Japanese. But the fastest-growing language in the country is Turkish, likely due to Brazilians’ interest in Turkish soap operas!
  • Welsh continues to be one of the fastest-growing languages in the U.K., even six years after the course was introduced. In 2020, Welsh ranked #1 among fastest-growing languages, and it made a strong showing at #2 in 2021. This year, Welsh was beat out by Japanese for the top spot, and British learners’ growing interest in these languages demonstrates what we see around the world: people are studying more Asian languages and more languages with personal significance.
  • In Japan, Korean has skyrocketed to become the second most popular language to study—and it wasn’t even in Japan’s top 5 last year!

Et si ça peut t’aider dans ta stratégie linguistique, @Iggy :

there are now more Korean learners than English learners in Mongolia,

Oh! C’est pas aussi bien que le mongol aka la meilleure langue du monde, mais c’est presque aussi bien. Et ça commence par la même lettre, donc en plissant les yeux ça peut le faire ! Merci !

Ça m’étonne pas, les occidentaux n’ont que très peu de possibilité d’accès (géographique) à la Mongolie au niveau international, et vu qu’ils sont coincés entre les Russes chelous et les Chinois relous, chacun avec pas mal de passif en plus, leur stratégie du moment est de tenter de devenir le pays neutre diplomatique de la région. Ils ont augmenté leurs relations avec le Japon récemment, mais la Corée est leur focus principal, avec comme rêve de jouer un rôle dans la réunification des deux Corées (ou du moins de calmer le jeu dès que la Corée du Nord fait chier). C’est un plan ambitieux, mais du point de vue du futur du pays, c’est pas un pari idiot.

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