À ce sujet…
Dernière grosse expo que j’avais prévu de voir à Tokyo:
Ghost in the shell: The Exhibition au Tokyo Node à Toranomon Hills.
Elle est entièrement consacrée aux déclinaisons animées de la licence GITS : le 1er film, Innocence, S.A.C., ARISE et la prochaine série chez Science Saru (présente par le biais de quelques dessins en fin d’expo). (Il y a aussi quelques docs sur le jeu vidéo et SAC_2045 pour la forme, ainsi que des maquettes et poupées).
Comme souvent dans ces expos, il y a un gimmick numérique en entrée (une sorte d’encyclopédie à base de nodes qui se projette sur les murs, sans grand intérêt), avant d’entrer dans le vif du sujet: une énorme salle emplie de chevalets présentant les documents de travail des différentes oeuvres.
C’est très riche, avec des scripts, concept arts, layouts, dessins-clefs, quelques cellulos et, contrairement à l’expo Eva, des dessins d’arrières-plans.
Ici encore, l’intérêt est d’avoir les pièces originales à taille réelle plutôt que les reproductions dans les différents ouvrages disponibles sur le marché. C’est toujours aussi époustouflant de suivre la minutie des traits, les indications données aux animateurs, les touches de peinture sur les arrières-plans (du moins les premiers, encore analogiques).
Une chose qui m’a particulièrement marqué dans cette expo, c’est le degré de précision proprement fétichiste de la représentation de l’anatomie, surtout quand elle est mise à mal par les blessures et expérimentations diverses.
On sent bien ici la patte « Production I.G. », celle-là même qui avait dissuadé Takahata d’aller plus loin avec eux dans son projet d’adaptation du Dit des Heike, après qu’il les aient vus à l’œuvre en train de dessiner avec gourmandise des corps suppliciés (pour Jin-Roh si mes souvenirs sont bons).
Les documents consacrés aux séries sont tout aussi intéressants, et ceux de S.A.C. notamment attestent du haut degré de qualité et de sophistication du travail d’illustration et d’animation réalisé pour cette déclinaison. Ceux d’ARISE ne sont d’ailleurs pas en reste, et on peut simplement regretter que le budget et les procédés consacrés à la translation vers le produit fini ne leur rendent pas totalement justice.
Outre les centaines de documents originaux présentés, sur lesquels on pourra aisément passer deux ou trois heures, l’expo propose aussi dans son hub central (le seul endroit interdit à la photo) des Mac en libre accès qui permettent de fouiner dans des dossiers contenant des milliers de documents scannés: ici encore, des scripts, des layouts, des dessins-clefs et d’intervalles, des dessins de référence pour le codage couleur, des arrières-plans, mais aussi des documents préparatoires et de travail en illustration numérique et modélisation 3D, et des photos de référence d’objets et de lieux utilisées pour les films. C’est absolument vertigineux, et on s’y perdrait facilement une demi-journée nonobstant l’absence de clavier qui rend la consultation un peu fastidieuse à la souris.
Dans l’ensemble, c’est une expo exceptionnelle qui décompose et donne à voir les différentes étapes du travail des artistes pour créer ces œuvres. La scénographie n’a pas grand intérêt, et la dimension pédagogique se limite à deux tables (assez efficaces cependant) qui reviennent, documents originaux à l’appui, sur les principales étapes de production, des ébauches au cellulo, mais la masse de pièces présentées et leur qualité se suffit à elle-même.
Logiquement, le catalogue est très épais (et cher: 7700y), mais malheureusement d’assez petit format, et sans le travail éditorial qui mettrait tout cela en perspective. Une fois qu’on a vu ces pièces à taille réelle, on a un peu de mal à trouver l’intérêt de se plonger dans ces reproductions réduites.
Tachikoma, version maquette…
…et version Science Saru.
C’est jusqu’au 5 avril ; je vous la conseille chaleureusement si vous passez à Tokyo d’ici là !
(et ne vous faites pas avoir par la drôle d’installation en fin d’expo - derrière les Tachikoma sur la 1ère photo ci-dessus - qui vous propose, pour 2000Y, de fouiller dans des tas d’enveloppes contenant des dessins-clefs du 1er et 2e film, et d’en emporter un: ce sont des reproductions ^^)